Jacques MARMET

Opticien alpiniste

Seven Summits

BIOGRAPHIE

Texte écrit par un étudiant en journalisme : Guilhem Martin St Léon 

Jacques Marmet, 51 ans, opticien et alpiniste amateur

Chasseur de cimes

Il lui reste encore à gravir le Mont Vinson et il aura vaincu les sept sommets les plus élevés des sept continents.

« Je pourrais me dire : six sur sept ça va. Mais non, le challenge c’est sept sur sept ! ». Une phrase qui résume parfaitement l’état d’esprit de son auteur, Jacques Marmet, 51 ans, qui s’envolera pour l’Antarctique le 18 novembre pour tenter de gravir le Mont Vinson (4892 m), le dernier des « Seven summits » - les sept sommets les plus élevés des sept continents - qui manque à son palmarès. Silhouette affûtée, barbe de trois jours impeccablement taillée, lunettes design aux verres rectangulaires et montre Breitling au poignet : cet opticien qui possède deux magasins dans le centre-ville de Strasbourg présente les atours du quinquagénaire bien dans sa peau. 

Sa passion pour la montagne lui est venue sur le tard. A 20 ans, Jacques Marmet était certes monté au Mont Blanc avec un guide, mais entamer une carrière d’alpiniste ne lui était pas venu à l’idée. C’est à partir de 1992 qu’il est atteint par le « virus » : un ami commerçant, Bernard Gillet, alors président du Club alpin français de Strasbourg, le convie à une expédition au Mexique avec trois volcans dépassant les 5200 mètres au menu. Un an plus tard, Jacques Marmet participe à une expédition commerciale en Argentine pour gravir l’Aconcagua, la plus haute montagne d’Amérique du Sud (6959 m). Le jour du sommet, il sème ses camarades avant de perdre son chemin. Quand il retrouve ses compagnons, ils reviennent de la cime. L’himalayiste renommée Laurence de la Ferrière, en charge de l’expédition, le somme de redescendre avec le groupe. « On dira que tu l’as eu », lui dit-elle. Inacceptable pour Jacques Marmet : « je voulais cette p… de photo de moi à côté de la croix en aluminium du sommet ». Son objectif atteint, il descend très lentement. Seul, il est surpris par la nuit et s’endort: chose dangereuse par des températures en dessous de zéro. Il sera réveillé par un courageux client de l’expédition venu à sa recherche. Tiré d’affaire, Jacques Marmet se fait sermonner par Laurence de la Ferrière : « Tu es nul, pas autonome, tu n’as rien à faire dans une expédition !»

Des mots que l’opticien n’a pas oubliés. Une banderille plantée dans son orgueil déjà marqué par une cicatrice d’adolescence, lorsqu’il était coureur cycliste cadet dans sa région natale des Ardennes et qu’il n’est jamais parvenu à monter sur le podium. « Un jour, j’étais seul en tête, l’arrivée était mal indiquée, j’ai ralenti bêtement et trois gars me sont passés devant. Ce regret et ce que m’a dit Laurence de la Ferrière m’ont insufflé un esprit de revanche », confie Jacques Marmet.

Après l’Aconcagua, il ressent « l’envie d’aller plus haut ». Sa chasse aux sommets est lancée. Il perfectionne sa technique à Chamonix en engageant des guides et puise dans sa cagnotte pour s’offrir régulièrement des expéditions. Son CV d’alpiniste s’étoffe. Pêle-mêle y figurent les noms prestigieux du Kilimandjaro en Tanzanie, de l’Elbrouz dans le Caucase, du Cho Oyu en Himalaya, du Mc Kinley en Alaska. En 1997, il devient le premier Français à fouler la cime du Mont Forel au Groenland. « Je n’ai pas d’aptitudes physiques particulières. Par contre, je suis obstiné : marcher toute une journée, c’est pas un problème. Je m’arrête quand c’est terminé», assure l’alpiniste amateur.

Jacques Marmet prend visiblement plaisir à conter ses aventures comme son ascension en janvier dernier de la pyramide Carstensz (4884 m), le point culminant de l’Océanie, dans la partie indonésienne de l’île de Nouvelle-Guinée en proie à une guérilla indépendantiste : « Pour accéder au point de départ, j’ai dû me déguiser en mineur et j’ai été conduit, des heures durant, à bord d’un camion dans le dédale d’une mine d’argent. Notre accompagnateur devait graisser la patte des militaires à chaque barrage. »

Sa plus grande fierté reste son ascension de l’Everest et de ses 8848 mètres, réalisée en autonomie avec l’aide d’un Sherpa et d’un cuisinier. Jacques Marmet n’omet aucun détail de ce 18 mai 2004 où il a foulé le toit du monde et quitte son fauteuil pour mimer avec pieds et mains les passages d’escalade clés de l’arête sommitale. Il était déjà venu au camp de base de l’Everest en 2001 mais avait provisoirement renoncé à son rêve : « Je sortais alors d’un premier mariage et je venais de rencontrer Carole, ma compagne. Là bas, loin de tout, j’ai senti que ma place était auprès d’elle et je suis rentré en France sans la prévenir pour lui faire la surprise. » 

Avant de partir à la conquête du Mont Vinson, Jacques Marmet a prévu d’épouser Carole qui lui a donné ses deux premiers enfants. Une fois le challenge des « sept sommets » bouclé, il n’arrêtera pas là ses voyages en haute altitude : «Avoir un projet d’ascension, ça aide à tout supporter. C’est un luxe bien plus important qu’une grosse BMW que j’ai la chance de pouvoir m’accorder. J’aimerai bien essayer de gravir l’Amadablan au Népal, la plus belle montagne du monde… »