Jacques MARMET

Opticien alpiniste

Seven Summits

Retour du Manaslu Octobre 2010

Retour

  En 7 sept jours j’ai atteint l’altitude de 7200m sur le Manaslu qui culmine à 8200, c'est-à-dire que si je n’avais pas fait demi tour à cette altitude, le lendemain en 8 jours je faisais 8200m et je réussissais mon pari.

En fait je surveillais comme le lait sur le feu tous les phénomènes liés à l’altitude qui auraient pu me provoquer un œdème cérébrale ou pulmonaire. Tout se passait à merveille, je n’ai jamais eu le moindre maux de tête, je n’ai jamais une seule fois toussé. Physiquement j’avais un très bon feeling, mais je me suis mal organisé au niveau de la logistique des camps d’altitude, jusqu’au camp de base, j’avais des porteurs et des cuisiniers, en altitude j’étais en autonomie avec uniquement un seul sherpas et j’ai dû participer au portage (des sacs de 25Kg) au montage des tentes, à la bouffe et à la fabrication de l’eau.

En plus j’ai tout misé sur le lyophilisé et comme vous le savez, l’eau boue à 75° en altitude, si bien que espèce de pâté qu’on obtient avec ce type de plat est immonde, sans goût, ni saveur, bref c’est imboufable, de plus je buvais au minimum 5 litres de liquide par jour et en altitude nous buvons de la neige fondue qui n’a pas les mêmes valeurs que notre eau habituelle, si bien que pendant 4 jours j’étais sous alimenté et la boisson manquait de produit énergisant, ce qui explique qu’à 7200m, je me suis retrouvé sans force dans les jambes et j’ai été envahi ensuite par des crampes aux mollets et au fessier ce qui m’a obligé à arrêter, non pas pour des problèmes physiologiques liés à l’altitude mais à des problèmes que connaissais tous les sportifs dans leurs activités respectives.

Je sais qu’avec des « si » mais si je n’avais pas tant négligé cette partie nutrition et surtout le portage, je n’aurais peut-être pas été au sommet, mais  je m’en serai beaucoup plus rapproché.

En tout cas j’en tire de nombreuses conclusions et je pense même en toute modestie, que c’est expérience physiologique peut permettre à d’autres alpinistes de voir les ascensions des très hautes altitudes sous en angle différents, sans pour autant jouer avec leur santé et leur vie.