Jacques MARMET

Opticien alpiniste

Seven Summits

Retour du Shishapangma septembre 2014

Retour

Je viens de rentrer prématurément du Tibet, les conditions de neige m’ont empêché d’aller au bout de mon projet Himalayen !

Camp de base avancé du Shishapangma (5700m)

Mon projet Himalayen de gravir 2 sommets de plus de 8000 m, sans aide, ni oxygène, ni sherpas était ambitieux, mais plusieurs paramètres l’ont fait avorter : J’ai très nettement sous estimé ce que représente 70 Kg à porter à cette altitude, certes il fallait que je fasse plusieurs allers-retours avec un sac à dos d’environ 18kg, soit 4 allers-retours (à chaque fois entre chaque camp), sur le Shishapangma (8091m) la 1ère liaison entre le camp de base chinois (5100m) où l’on arrive en 4x4 et le camp de base avancé (5700m), représente 18 km sur un parcours facile mais vallonné avec environ 600m de dénivelé (cette liaison je ne l’ai faite qu’une fois, car uniquement là, le reste de mon matériel était porté par des yacks) mais je suis arrivé très épuisé en 07h00 et les épaules en compote.

Entre le camp de base avancé et le camp dépôt

Par contre entre le camp de base avancé et un camp intermédiaire appelé « camp dépôt » (5900m) avant le camp n°1 (6300m), la distance est de 8 km sur un terrain beaucoup plus difficile. Il s’agit de remonter une moraine le long d’un glacier en mouvement, obligeant  à refaire la trace chaque année, sur un immonde pierrier constitué de pierres, blocs, dévers, sable, et boue, pour résumer, épuisant et sans aucun intérêt, si ce n’est, de nous rapprocher du pied de la montagne. L’aller retour ce fait dans la même journée et de préférence de jour, au risque de se perdre.

Progression sur le pierrier le long du glacier   

Une idée du terrain vers le camp dépôt, et option skis pour la suite

 Camp dépôt (5900m)

Imaginez la taille des pénitents le point noire c’est la tête d’un alpiniste

Arrivé au camp dépôt il faut de 3 à 4 heures pour traverser le glacier en sillonnant, à travers d’énormes pénitents, sorte de labyrinthe géant en formes de montagnes russes, là encore, seuls quelques fanions indiquent la trace mais en plus d’être un peu casse gueule, on peut se perdre.         

Encore un effort et on débouche sur une pente de neige qui mène au camp n° : 1, mais les fortes précipitations neigeuses des semaines précédentes m'obligent à progresser dans plus de 80 cm de neige et très rapidement j'ai dû enjamber des crevasses vicieuses, car partiellement masquées par la neige, pouvant atteindre plus d'1 mètre de large !!

Devant ce constat et l’impossibilité de progresser seul au risque de me retrouver dans une crevasse, j’ai appelé ASIAN Trekking qui m’a fourni partiellement la logistique afin d’obtenir un sherpa pour pouvoir poursuivre l’ascension, mais le coût prohibitif (8500,00$) et 10 jours d’attente pour l’obtention de son visa chinois et son arrivée sur place, m’ont fait renoncer.

Je veux rajouter que même à 6300m, jamais la température n’est descendue en dessous de zéro ?? (Alors qu’habituellement il fait entre -13° et -17°) Je n’ai jamais dormi dans mon sac de couchage, car j’avais à l’intérieur trop chaud, la nuit. Le jour, sous les tentes il faisait jusqu’à +31° !! Insoutenable, ces remarques pour attester du réel réchauffement climatique, et que dans ces conditions la neige en altitude ne pouvait pas se transformer, donc restait molle.

  Dessèchement de la moraine sous les fortes températures de jour

Devant ce constat d’échec, j’ai donc pris la décision de rentrer bien avant l’heure, en faisant la surprise à ma femme et mes enfants, à qui j’avais fait énormément de peine le jour de mon départ.

Je vais donc à présent consacrer mes loisirs en famille. La montagne m’a beaucoup apporté, j’ai pu me rendre sur tous les continents, j’ai fait des rencontres extraordinaires qui m’ont enrichi, maintenant je dois tourner la page.

 Shishapangma reflété sur la moraine 

Selfie