Jacques MARMET

Opticien alpiniste

Seven Summits

Mes remarques sur le film

Retour

 

Je viens de voir le film "Everest" de Baltasar Kormákur avec Jason Clarke, Jake Gyllenhaal : inspiré d'une désastreuse tentative d'ascension de la plus haute montagne du monde, Everest suit deux expéditions distinctes confrontées aux plus violentes tempêtes de neige que l'homme ait connues. Luttant contre l'extrême sévérité des éléments, le courage des grimpeurs est mis à l'épreuve par des obstacles toujours plus difficiles à surmonter alors que leur rêve de toute une vie se transforme en un combat acharné pour leur salut.
Dés la sortie de ce film, j'ai reçu beaucoup de coups de fil et de mails me demandant ce que j'en pensais, comme si j'étais l'expert qui pouvait faire la part des choses entre fiction et vérité. Il n'est pas faux d'avouer que je me reconnais dans ce film sous certains aspects, notamment pendant ma tentative en 2001, où j'ai décidé d'abandonner l'expédition, alors que j'étais bien acclimaté pour rejoindre Carole (qui deviendra ma future épouse) suite aux différentes conversations téléphoniques par satellite que nous avions eu et qui m'ont fait comprendre que je n'avais plus rien à faire sur cette montagne et qu'il fallait que je la rejoigne pour lui prouver qu'elle comptait plus que cette ascension.
Malgré cela, mon envie de connaître mes limites à supporter la très haute altitude et son lot de souffrances qui sont les corollaires de telles expéditions, m'a poussée à y retourner seul (hors cadre d'une expédition commerciale, ce qui est décrié dans ce film : il suffit de faire un gros chèque et on vous garantie le sommet !!) en 2004 accompagné de Doorjie mon sherpa d'altitude, me donne cette légitimité à porter un jugement sur ce film.
Je suis sortie de la séance avec un énorme sentiment de malaise, au début je l'ai jugé comme un reportage avec ses incohérences sur la réalité ( les scènes qu'ils ont dû reconstituer en studio, ils ont passé sous silence ces nombreuses allers-retours indispensables à l'acclimatation, j'ai été frappé de voir qu'ils ont apporté plus d'importance à l'usage et la nécessité de l'utilisation de l'oxygène, qu'à la boisson et la nourriture, (dans ce film personne ne boit, ni ne mange)  puis je l'ai jugé comme un fait divers passant en boucle aux journaux télévisés, montrant la dangerosité et le côté morbide de ces hautes ascensions.
Un des côtés passionnant de cette ascension est de connaître les motivations diverses et variées des alpinistes, or ce passage a été très bref, ils se sont contentés de reprendre la phrase de l’alpiniste britannique George Mallory qui y a trouvé la mort en 1924, c’est « parce qu’il est là ».
J'aurais peut-être trouver des réponses pour moi ??.
Au delà des ces remarques mon malaise vient du fait que ce film ne fait pas rêver et ne donne surtout pas envie de tenter ce sommet mythique et beau (sans réels difficultés techniques), les népalais l'appellent le Sagarmatha et les tibétains Chomolungma pour ces peuples les montagnes sont des divinités religieuses féminines que l'alpiniste souhaite conquérir dans le respect dû à son rang. La joie que procure la réussite d'un sommet est un moteur pour être en paix avec soi, penser à un projet, le monter, le financer, s'entrainer, accepter les aléas, pouvoir renoncer au besoin, puis réussir permet pour certains de passer à autre chose et pour d'autres d'essayer de faire plus ou mieux.
Ce film a cassé ce mythe de la beauté des paysages, cette nécessité de ramener l'homme à sa juste valeur et de devoir à tout prix respecter notre mère nature.