Jacques MARMET

Opticien alpiniste

Seven Summits

27ème Ascension du Mont-Blanc

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Cette année le calendrier nous offre pour le 14 juillet, 2 jours, une aubaine lorsqu'on est commerçant, pour la première fois la météo de Chamonix annonçait "très beau temps" Ouah ! c'est pas souvent, sans y croire je me connecte sur le site du refuge du Goûter, incroyable il restait 3 places, si cela n'est pas une invitation propice à l'ascension du Mont-Blanc, çà y ressemble. J'en réserve 2 places et mets devant le fait accompli mon ami Yves (strasbourgeois), fort grimpeur et skieur, ayant un pied à terre à Chamonix, mais n'ayant jamais eu l'occasion de faire cette ascension. Nous décidons pour cette 1ére fois, de la faire en 2 jours, samedi 13 le temps est sec, mais il y a une couverture nuageuse sous les 4000m (tant mieux il fera moins chaud pour la montée au Goûter) nous prenons la 1ére benne aux Houches (900m) qui nous conduit au col de Bellevue (1800m), puis nous prenons le train du Mont-blanc (le TMB) venant de Saint Gervais qui s'arrête au Nid d'Aigle (2372m). Comme d'habitude beaucoup de monde et les 1er alpinistes ne perdent pas de temps pour démarrer, pourtant il est important dans la 1ére heure de se sentir et de marcher très lentement, sans être tenter de suivre ceux qui nous doublent, il fait bon, la trace est propre par les nombreux passages des alpinistes depuis le début de la saison, tiens je croise mon ami guide de haute montagne Alain qui redescend du sommet après avoir fait la traversée par les 3 Mont-Blanc, avec un client de presque 70 ans (çà nous laisse de l'espoir pour plus tard) il m'explique que sur le Mont-Blanc du Tacul, suite à la chute d'un sérac qui a détruit la trace, pour éviter de faire trop de détour les autorités ont fait installer à 2 endroits des échelles afin de passer au dessus des crevasses !! (ambiance himalayenne) il continue en m'expliquant qu'ils ont gravi le Mont Maudit en glace bleue (c'est là qu'ils faut faire confiance aux engins : piolet et crampons) cela ne les a pas empêché de le faire dans un temps record : 3 heures pour le Mont-Blanc du Tacul, 3 heures pour le Maudit et 3 heures pour la combe Brenva et le sommet du Mont-blanc, je suppose qu'il dit vrai, mais cela me parait très rapide. Pendant ce temps Yves avait pris de l'avance, je suis un peu contrarié j'espère qu'il est monté à sa main, c'est vrai qu'au départ on peut se laisser aller par une impression de facilité, mais la route est longue et les effets de l'altitude sont sournois. Je passe à côté de la Cabane des ROGNES et comme toujours ceux qui nous ont doublé plus bas, font leur 1ére pose, je continue en suivant le chemin sinueux très bien marqué qui me conduit sur le glacier du Bionnassay qu'il faut traverser pour se rendre au refuge de Tête ROUSSE (3600m) qu'on laisse à notre droite, j'arrive à la hauteur d'Yves (enfin) prés de plusieurs tentes, unique endroit autorisé pour le camping, qui en profitait pour boire et retirer sa veste. Puis nous arrivons devant le grand couloir hyper sec, sans hésiter je sors ma corde pour assurer Yves au câble d'acier à un mousqueton lui même relié à mon baudrier, comme cela nous pourrons traverser le couloir en toute sécurité, pendant que j'installais la corde, je jetais un coup d'œil aux salves des pierres qui régulièrement dévalent le couloir, au moment opportun nous commençons la traversée, au milieu je vois arriver d'autres pierres, je cris à Yves "couche toi" je fais de même heureusement car un gros cailloux frape le haut de mon sac à dos, je relève le regard plus de pierres, nous terminons la traversé en courant, ouf on est passé, mais preuve encore que les fortes chaleurs font fondre en altitude les glaciers qui libèrent de grandes quantité des pierres qui étaient prises dans leur glace. Nous entamons la montée de l'arête du goûter, j'ai toujours aimé cette longue montée, composée de blocs, entrecoupés par un sentier, je trouve cela ludique et aujourd'hui nous le faisons sans crampons, quel bonheur. Je recommande de temps en temps à Yves de boire, je fais des photos, le temps est magnifique, quel plaisir. Par contre je ne suis pas sûr qu'Yves partage les mêmes sentiments, c'est vrai qu'arrivé au milieu de la hauteur on devine le refuge du Goûter toujours aussi loin, à croire qu'il recule, Yves commence à marquer le coup, tout comme les autres personnes qui m'accompagnent pour la 1ére fois, elle semble exigeante cette montée. Il y a du trafic aujourd'hui nous croisons beaucoup de cordées, en regardant dernière moi je sens qu'Yves souffre, je n'aime pas trop lorsque j'observe un compagnon de cordée coincé ici, je me pose toujours des questions pour le lendemain, est-ce qu'il pourra pendant la nuit très courte récupérer et avoir l'envie de continuer. C'est en prenant beaucoup de temps que nous arrivons au refuge du Goûter, je commande à la gardienne une soupe et un coca qui va nous faire du bien, je sens qu'Yves est content d'être là même si je vois bien qu'il semble très marqué par cette montée, puis nous montons au dortoir pour essayer de dormir jusqu'au dîner, servi à 18h00. Au dîner nous discutons avec un père et sa fille qui demain tenterons le sommet, il y a beaucoup d'étrangers aussi, c'est curieux d'observer ces alpinistes on perçoit très nettement un mélange de fatigue et d'anxiété pour le lendemain. La nuit se passe bien entrecoupée par les poses aux toilettes, il ne fait pas trop chaud comme d'habitude et les personnes essayent de respecter un certain calme.

A 01h00 nous, nous levons j'avais briefé Yves la veille, toilettes, puis au s'équipe avec le baudrier, petit déjeuner, et on sort sans tarder après avoir mis les crampons et nous encordés, on voit qu'Yves a déjà été en montagne et je ne suis pas obligé de le materner, si bien qu'il n'y a que trois cordées qui éclairent la trace avec leur frontale, lorsque nous commençons notre progression sur une neige qui a bien regelée pendant la nuit, nous entamons la montée du Dôme du Gouter, mais rapidement Yves ne sent pas bien ?? oups, nous arrêtons, puis repartons, d'autres cordées nous doublent, puis de nouveau Yves s'arrête, je me pose des questions, que faire, le renvoyer au Gouter seul et continuer, bof même si nous sommes prés cela ne se fait pas, le ramener au refuge et tenter seul de sommet, je ne sais pas si j'aurai assez de temps, pendant que je me posais toutes ces questions nous montions certes lentement, donc mon prochain objectif était le sommet du Dôme, au col nous faisons une longue pose, puis repartons Yves penses qu'il a eu un problème à l'estomac avec le petit déjeuner, donc prochain objectif le refuge du Vallot, en me disant qu'à cet endroit, si Yves veut s'arrêter je peux le laisser au refuge bien qu'on ne doit jamais laisser un compagnon de cordée. Enfin le refuge du Vallot, d'habitude lorsqu'on arrive là, on va au bout, petit arrêt et c'est reparti, dans les bosses le soleil se lève avec des couleurs magnifiques, Yves fait des photos pour la 1ére fois (c'est plutôt bon signe) nous attaquons l'arête fine des Rochers de la Tournette, nous progressons lentement, puis nous entamons la longue arête sommitale, à notre gauche nous distinguons des alpinistes qui viennent des trois Mont-Blanc sur la combe de Brenva, le ciel devient de plus en plus bleu, sans nuages mais un léger vent se lève, au milieu de l'arête nous croisons dans leur descente le père et sa fille qui viennent de réussir le sommet, à ce moment je me retourne et atteste à Yves que je suis sur que nous allons y arriver, ce sentiment je l'ai toujours lorsque j'arrive à environ 1/4 h du sommet cette certitude que rien ne peut m'en empêcher. La fin de l'arête très fine est devant nous, et à 8h30 nous arrivons enfin sur le sommet, je me retourne vers Yves pour le prendre dans mes bras, mais il ne réagit pas !! je lui fais découvrir le paysage tout autour de nous, mais ce n'est pas sa priorité, il s'assoit, veut boire et manger quelque chose mais il n'y arrive pas, puis il se met à trembler, très fortement, il me le fait remarquer, je confirme, c'est là que je comprends qu'il a pris sur lui (c'est aussi la force des grands sportifs) puis nous faisons des photos, moi avec mon traditionnel drapeau bleu, blanc, rouge, n'oublions pas que nous sommes le 14 juillet (cocorico), Yves n'exprime rien, même pas de signe de satisfaction pour cette réussite, je veux rester un peu pour profiter mais Yves veut redescendre, je m'exécute, sur l'arête sommitale nous sommes obligés de laisser monter plusieurs cordées qui montent, j'en profite pour rendre compte que nous n'avons même pas de photos ensemble, au sommet (incroyable) nous arrivons tranquille au Vallot, petite pose et nous continuons, pendant la petite remontée sur le Dôme qui détruit tout le monde, pourtant c'est pas grand chose, je me dis qu'on a pris beaucoup de temps à la montée !! lentement nous arrivons au refuge du Gouter, nous allons pouvoir refaire le plein de boissons + une soupe et un coca, en mangeant j'interroge Yves pour savoir s'il veut dormir ici ou si il veut continuer, il souhaite continuer, nous nous rééquipons et entamons la descente de l'arête avec prudence, de temps en temps j'oriente Yves car si la trace est évidente il ne faut jamais quitter des yeux les points rouges qui représente la trace la plus sur. Arrivée au grand couloir je me trompe en descendant trop bas pour récupérer le câble sur lequel nous, nous encordons, nous dévalons la pente de neige qui suit, nous conduisant au refuge de Tête Rousse, là encore je demande à Yves ce qu'il veut faire, nous faisons des estimations afin de vérifier s'il nous reste assez de temps pour arriver au le dernier train, cela semble possible, nous continuons, dans le pierrier qui suit, je mets en garde Yves des courbatures qu'il va avoir pendant trois jours, les heures passent et je suis obligé d'accélérer sinon le train partira sans nous, mais Yves fait se qu'il peut. Et c'est avec 5 minutes d'avance que nous arrivons au Nid d'Aigle, le temps de monter dans le train, Yves esquisse un vague sourire, impossible de savoir s'il est contant ou pas. Moi je le suis, c'est la 28éme fois que je le réussi et j'ai toujours autant de plaisir à le faire découvrir à quelqu'un pour sa 1ére fois. A Bellevue, nous prenons la dernière benne qui nous conduit aux Houches, les derniers escaliers nous menant au parking réveillent nos cuisses endolories (pour la bonne cause) on déchausse nos chaussures, que cela fait du bien, comme au skis, retour dans la maison d'Yves pour un bière bien fraiche, et pleinement méritée.

Yves au sommet